Toutes les informations touristiques ci-dessous sont extraites du roadbook "Les Ibériques" Tome 4 : "L'Espagne du Nord au Sud" - 1ère partie.

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Cette agréable sous-préfecture provinciale au passé tumultueux a conservé de son âge d’or une richesse monumentale peu commune pour une ville ne comptant plus que 2000 habitants. Tirant parti de sa position stratégique, Daroca est rapidement devenue un carrefour important à la frontière entre royaumes musulmans et catholiques, puis entre Castille et Aragon, lui assurant une grande prospérité pendant plusieurs siècles. Il faut dire que sa situation au cœur d’un verrou naturel formé par deux crêtes abruptes plongeant vers le rio Jiloca en faisait le lieu idéal pour y installer une forteresse au bord d’un des axes majeurs du Moyen-Âge, reliant Saragosse à Valence. De cette époque dorée subsiste une étonnante ceinture de remparts, l’une des plus longues d’Espagne avec un périmètre de 4 kms. Ayant conservé de nos jours son statut de chef-lieu de la Comarca éponyme, Daroca offre un ensemble de services et de commerces très complet drainant une clientèle dépassant largement le territoire de la ville.

Un peu d’histoire : Bien que quelques implantations celtibères puis romaines furent découvertes dans les environs, la création d’une ville proprement dite en bordure du Rio Jiloca est attribuée aux musulmans, probablement aux alentours de l’an 800. Après la prise de Daroca par Alfonso 1er dit « le Batailleur » en 1120, celle-ci devint la ville-forteresse la plus importante au sud de l’Aragon au moins jusqu’à la conquête de Valence en 1236. A peine terminées les guerres contre les maures, ce sont les conflits entre Castillans et Aragonais qui rythmèrent la vie de la cité, Daroca accueillant à de nombreuses reprises les négociations entre les deux royaumes ennemis aux XIIème, XIIIème et XIVème siècles. La paix acquise, la ville retrouva sa vocation agricole entre élevage et céréales tout en conservant une certaine prospérité grâce à sa position stratégique au centre d’un nœud routier entre Saragosse, Madrid et Valence. Malheureusement les guerres napoléoniennes puis carlistes entrainèrent de graves destructions dans le cœur historique avant qu’un puissant exode rural ne vide la ville et les campagnes environnantes dans la deuxième moitié du XXème siècle. Redevenue une petite cité sans histoire, Daroca n’en est pas moins animée grâce à ses nombreux bars et restaurants et ses différents commerces.

Muraille d’enceinte* : les remparts de Daroca n’ont pas l’unité architecturale des murailles d’Avila ou de Lugo, mais c’est l’ensemble le plus complexe et le plus varié du pays. Bien que la plupart des murs construits en brique ou en pisé aient mal résisté au temps, les tours bâties à l’aide de pierres grossières ou de pierre de taille pour les plus prestigieuses, restent impressionnantes. Globalement la muraille peut se diviser en deux parties : autour de la basse-ville, les murs et les tours les plus puissantes, et montant à l’assaut des collines, des murs en pisé entrecoupés de quelques tours secondaires. Une exception dans le paysage : le château dominant la cité, construit sur un replat de la colline de San Cristobal.

Entamée dès le IXème siècle sous l’impulsion des conquérants musulmans, la muraille défensive a été modifiée, agrandie et renforcée au fil du temps, en particulier à partir de 1142 lors de l’extension de la ville après la conquête chrétienne. Deux autres phases de construction/renforcement eurent lieu aux XIVème et XVème siècles puis au XVIIIème siècle lorsque la ville prit le parti de Carlos III contre Felipe V lors de la guerre de succession d’Espagne. Elle a cependant beaucoup souffert des combats pendant les guerres napoléoniennes puis lors des guerres carlistes au XIXème siècle. L’enceinte fortifiée, longue de 4 Kms, est jalonnée de puissantes tours défensives, complétées d’un réseau de tourelles secondaires (114 tours et tourelles au total !). Plusieurs tours importantes ont résisté aux outrages du temps, mais les joyaux les mieux préservés restent les 4 portes de la ville : Puerta Alta, Puerta Baja, Puerta de Valencia et Puerta de Arrabal.

Pour une vision exhaustive de la muraille, il faut d’abord se rendre au niveau de la Puerta Baja, puis auprès de la Puerta Alta et finalement au sommet de la colline de San Cristobal.

Puerta Baja** : avec son allure de château-fort, elle fut édifiée en plusieurs vagues successives entre le XIIIème et le XVIème siècle. Deux puissantes tours avec créneaux encadrent un arc surbaissé couvert d’une galerie fermée possédant pour seules ouvertures quelques meurtrières. Les armoiries de Charles Quint furent rajoutées au XVIème siècle. C’est l’une des portes fortifiées les plus monumentales d’Espagne. En montant la rue en escalier vers la colline de San Cristobal, on rejoint la Puerta de Arrabal** : XVIème siècle avec décoration mudéjare et créneaux au sommet des murs : belle vue sur la ville. En suivant le sentier à l’intérieur de l’enceinte fortifiée, on monte à l’assaut de la colline de San Cristobal en suivant les panneaux « Ruta de Las Murallas ». Après à peine 5 mn de marche, on atteint un promontoire procurant un superbe panorama** sur Daroca d’où émergent les 4 édifices religieux de la cité dominant un océan de tuiles. Depuis la pointe rocheuse, on obtient aussi une vue quasi-complète sur l’enceinte fortifiée, qui s’avère d’ailleurs très dégradée, ainsi que sur le Castillo Mayor. En poursuivant le sentier, il est ensuite possible de rejoindre la Tour cylindrique de los 3 Guitarros ou Torre de San Valero (XVème siècle), laquelle est précédée de pans de murs ayant gardé quelques traces de décorations mudéjares. En poursuivant la raide montée, on finit par rejoindre les ruines de la Torre del Aguila, édifiée au XIVème lors de la guerre des deux Pedros contre les Castillans.

Une fois redescendus à la Puerta Baja, il est possible de se diriger vers la droite pour atteindre la Puerta de Valencia*. Datant du XVème siècle et très élégante avec sa décoration mudéjare, elle est encadrée de deux tours, l’une de plan carré, l’autre octogonale. Une jolie galerie ouverte est visible au-dessus de la porte. En poursuivant vers la droite, on longe quelques murs en pisé avant d’être bloqué par la RN-234.

Bien que détachée de l’enceinte fortifiée, vous ne pourrez manquer à droite de la Puerta Alta, l’impressionnante Fuente de Los Veinte Caños*. Classée Bien d’Intérêt Culturel, c’est l’une des plus grandes et des plus belles fontaines d’Espagne. Edifiée entre 1639 et 1642 et richement décorée de sculptures diverses, elle souffre malheureusement de l’usure du temps : l’eau sort en théorie de la bouche de personnages grotesques, mais la plupart d’entre eux sont beaucoup trop érodés pour être reconnaissables. Seul le panneau supérieur portant les armoiries de la ville est encore intact.

Traversez toute la ville par la Calle Mayor et remontez jusqu’à la Puerta Alta*. Austère comme il se doit pour une enceinte fortifiée, elle date du XVème siècle à l’exception de la coiffe portant les armoiries de la ville, rajoutée au XVIIIème siècle. La tour adjacente se nomme Torre de Los Huevos. En suivant le tracé des murailles vers la gauche on rejoint rapidement une puissante tour carrée, c’est la Torre del Caballero* avant de se retrouver bloqué par la RN-234. A partir de ce point, on obtient une vue assez complète sur la colline de San Jorge d’où ressort au premier plan la tour pentagonale del Cinco Esquinas et un peu plus haut la puissante Torre de Espuela*, une tour carrée entièrement bâtie en pierre de taille sur le modèle des tours de la Puerta Baja.

Basilica (Colegiata) de Santa Maria de Los Sagrados Corporales** : Sans aucun doute, une des églises les plus remarquables d'Aragon. Malgré un premier abord massif et austère, celle-ci présente une grande richesse décorative aussi bien extérieure qu'intérieure dont ressortent particulièrement les deux portails et la collection de chapelles gothiques et Renaissance rivalisant d'ornementations aussi riches que variées.

Du temple primitif édifié dès le XIIème siècle ne subsiste aujourd'hui qu'une élégante abside située sur le mur latéral droit. Presque entièrement reconstruite à la fin du XVIème siècle, cette basilique est pour l'essentiel une oeuvre Renaissance comportant quelques réminiscences gothiques.

La façade sud accueille le portail principal de style Renaissance conçu au tout début du XVIIème siècle. Pouvant être qualifié d'ostentatoire, il comporte quatre niches encadrées de colonnes corinthiennes où l'on trouve les statues des quatre évangélistes. Au-dessus des deux frontons apparaissent d'autres sculptures représentant St Pierre et St Paul. Mais l'oeuvre majeure du portail reste le relief monumental du miracle des corporaux où l'on voit les soldats s'inclinant respectueusement devant l'étoffe sacrée.

Côté Ouest apparaît ce qui était le portail originel du temple, à savoir la Puerta del Perdon. Moins tape-à-l'oeil mais finalement plus remarquable, ce portail présente un style gothique affirmé d'où ressort le tympan dit du Jugement Dernier ayant conservé une partie de ses couleurs d'origine. On peut y reconnaître le Christ en majesté flanqué du soleil et de la lune, ainsi que des figures agenouillées de la Vierge et de St Jean entourés des anges de l'Apocalypse prêts à sonner les trompettes qui déchaîneront les calamités entraînant le monde vers sa fin. Quant à la frise inférieure, elle montre les morts ressucités sortant de leur tombe. A l'inverse, les chapiteaux au sommet des colonnes présentent pour l'essentiel des scènes de la vie à Daroca au Moyen-Âge.

L’intérieur de l’édifice s’avère encore plus spectaculaire avec un ensemble de chapelles richement décorées ainsi que quelques éléments d’une grande valeur patrimoniale comme des stalles et un superbe orgue du XVème siècle. 

Passé la porte d’entrée, on trouve à droite, la chapelle du Patrocinio** au portail (XVIème siècle) pourvu d’un décorum grandiose présentant un mélange de gravures et sculptures d’une incroyable finesse. Un retable Renaissance du XVème siècle occupe le fond de la chapelle et deux sarcophages sont placés sur les côtés. Un peu plus loin, se trouve la chapelle de Los Corporales***. Sise dans ce qui était autrefois le chœur de l’église romane et bien mise en valeur par des éclairages adaptés, c’est un véritable chef d’oeuvre de gothique flamboyant avec voûtes en étoile, murs latéraux décorés de sculptures de style gothique isabellin exécutés par Juan de Talavera en 1484 et surtout un spectaculaire retable-jubé exécuté à la même époque. Parfait exemple de style franco-flamand, très rare en Espagne, celui-ci est composé d’une petite chapelle accueillant un autel dans la partie basse et du retable proprement dit dans la partie supérieure. Ce dernier peut être divisé en trois parties : dans la partie inférieure, six scènes représentent l’Annonciation et les apôtres ; au centre une frise est décorée de motifs gothiques, tandis que la partie supérieure représente la crucifixion. Derrière le jubé, une salle secondaire inaccessible au public accueille le coffre en argent du XVIème siècle contenant les étoffes sacrées du miracle des corporaux. 

En poursuivant la visite, on trouve ensuite à droite l’accès à la sacristie transformée en intéressant musée épiscopal* contenant une très riche collection d’orfèvrerie religieuse avec moult calices, custodes, encensoirs en or ou en argent. Vous pourrez aussi y découvrir quelques peintures, des retables des XVème et XVIème siècles ainsi que de nombreux vêtements liturgiques. En se rapprochant du chœur on peut ensuite découvrir la chapelle de Santo Tomas* au superbe retable de style baroque churrigueresque du XVIIIème siècle, puis la chapelle de la Virgen et de San Miguel* au retable composé d’un ensemble de panneaux peints du XIVème siècle et enfin la chapelle de la Purisima* couronnée d’un superbe dôme avec lanterne et présentant elle aussi un retable churrigueresque.

Faisant la transition entre la nef et le chœur, un magnifique baldaquin** inspiré de celui de l’église Saint Pierre de Rome rajoute encore une touche d’originalité à une église qui pourtant n’en manque pas. Dédié à l’Assomption de la Vierge, il fut édifié en 1675 dans un style baroque et se compose d’un dôme porté par des colonnes salomoniennes en marbre noir couronné par une lanterne, elle-même surmontée d’une statue de St Thomas d’Aquin. Quant au chœur*, il se distingue par ses stalles et son orgue tous deux du XVème siècle, ce dernier possédant sur son socle de splendides panneaux peints, ainsi que par son plafond Renaissance. 

En passant sur le côté gauche de l’église, on découvre d’abord la chapelle de Los Dolores couverte d’un dôme et présentant un retable baroque, puis la chapelle de Santo Cristo* : superbe dôme ovale avec lanternon et retable churrigueresque de 1607. La dernière chapelle méritant un arrêt est la chapelle de San José**, une œuvre baroque au portail grandiose voire grandiloquent accueillant un retable à l’avenant, c’est-à-dire aussi surchargé de dorures que flamboyant, pouvant paraître un peu tape-à-l’œil. Enfin avant de quitter l’église, ne manquez pas de lever les yeux pour découvrir les superbes voûtes étoilées couvrant les trois nefs.

Visite : entrée gratuite. Ouvert tous les jours, toute l’année de 11h à 13h et de 17h30 à 19h30. Dimanches, lundis et jours fériés seulement le matin. Eté du 1er Juin au 15/09 : horaires de l’après-midi 18h30-20h30. Visite du musée épiscopal dans la sacristie : entrée 2 €. S’il est fermé, demander à l’une des sœurs présentes dans la basilique : elles vous l’ouvriront sur simple demande. Attention : toutes les chapelles ne sont pas éclairées en permanence. L’éclairage total de la basilique n’a lieu que lors des visites guidées organisées par l’office de tourisme.

Autres églises de Daroca** : trois autres églises d’un grande valeur patrimoniale sont visibles dans le centre-ville. Elles possèdent toutes en commun une base romane complétée de rajouts mudéjars ou gothiques. 

Au bord de la ruine au milieu du XXème siècle, l’Iglesia de San Juan de la Cuesta* (1 Plaza de San Juan) se distingue par son abside classée Bien d’Intérêt Culturel. Commencée au XIIIème siècle dans le plus pur style roman, celle-ci fut achevée après une longue interruption des travaux dans un style mudéjar. Les deux époques de construction se reconnaissent aisément par le contraste entre le socle en pierre de taille et la partie supérieure en brique. Les colonnes en pierre de taille s’élevant de la base sont prolongées par des pilastres en brique jusqu’au sommet. Une galerie d’arc aveugles sous la corniche complète la décoration de l’ensemble. Les deux petites fenêtres ouvertes dans l’abside sont encadrées d’un arc polylobé typiquement mudéjar. Le porche, le portail et les deux chapelles latérales du XVIIème siècle sont sans réelle valeur patrimoniale. Visite : fermée au public.

Iglesia de San Miguel (ou de San Valero)** : (9 Plaza de San Miguel) édifiée entre les XIIème et XIIIème siècles, il s’agit de la seule église de la ville ayant conservé sa structure romane originelle quasiment intacte. Ce temple à trois nefs de dimension respectable est entièrement bâti en pierre de taille. Depuis l’extérieur ressort sa splendide et profonde abside décorée de triples colonnes soutenant de petits arcs placés sous la corniche. On peut aussi y découvrir d’élégantes fenêtres apportant un peu d’éclairage à l’intérieur de l’église. Celle-ci s’ouvre par un imposant portail décoré de 5 archivoltes, certaines portant des décorations en zig-zag ou de petites cellules. A l’inverse les chapiteaux sont dépourvus du moindre intérêt, les sculptures étant trop érodées pour y reconnaître la moindre figure. 

L’intérieur affiche une austérité toute romane ne laissant apparaître, pour l’essentiel, que de la pierre apparente en guise de décoration. Quelques éléments gothiques attirent cependant le regard comme le dôme du XVème siècle en brique situé à la croisée du transept et surtout les splendides peintures murales** du XIVème siècle. Finement détaillées et en excellent état de conservation, elles représentent le couronnement de la Vierge entourée de trois douzaines d’anges ; ceux de la bande centrale étant représentés avec divers instruments de musique. Visite : ouverte au public seulement lors des visites guidées organisées par l’office de tourisme ou pour des concerts se déroulant parfois à l’intérieur.

Iglesia de Santo Domingo de los Silos* : (2 Plaza de Santo Domingo) Bâtie à la même époque que celle de San Juan de la Cuesta, l’Iglesia de Santo Domingo a suivi une évolution similaire délaissant l’art roman au cours du XIIIème siècle pour adopter le tout nouveau style gothico-mudéjar débutant. 

Son élégante tour-clocher*, la plus belle de la ville, est considérée comme l’une des plus anciennes œuvres mudéjares d’Aragon. De plan carré, elle est constituée de pierre de taille à la base et de brique dans la partie supérieure. L’influence mudéjare apparaît évidente dans les fenêtres inférieures ornées d’un ensemble d’arcs polylobés et d'arcs mixtilignes formant des losanges. A l’inverse, les ouvertures supérieures adoptent le style roman. Plus difficile à distinguer depuis le sol, le double avant-toit est décoré de disques de céramique, typiques eux aussi, du style mudéjar.

Peu spectaculaire vu de l’extérieur, cet imposant temple catholique possède pour seule originalité une abside romane en pierre de taille (côté Plaza de Santo Domingo) où l’on peut reconnaître de fines ouvertures en ogive dont la décoration évoque déjà le style gothique. Au sommet des colonnes soutenant les contreforts, apparaissent diverses sculptures dont des croix, des visages féminins et des gravures à thème végétal. Visite : fermée au public. C’est bien dommage car cette église renferme des stalles de 1700 ainsi qu’un ensemble de retables provenant d’autres églises de la ville, aujourd’hui disparues.